
« Ce sera pas mon premier front page », annonce fièrement Sylvain pendant qu’on lui tire le portrait.
Il fait là référence à la fois où un article le mettant en vedette avait fait la Une des journaux locaux. On pouvait lire dans cet article, titré Vague de générosité dans Saint-Henri, comment Sylvain s’était retrouvé à la rue, après avoir perdu son logis et tous ses biens dans l’incendie qui avait ravagé son bloc appartement.
« Une bad luck. »
On pouvait aussi y lire comment les habitants de son quartier s’étaient ralliés autour de lui pour tenter de lui offrir du support.
Ce qu’on ne pouvait pas y lire, c’est que près de 5 ans plus tard et malgré ce soutien communautaire, Sylvain serait toujours en marge d’un système qui semble l’avoir oublié. L’un des grands obstacles liés à cette réalité, c’est l’accès à la santé. Surtout pour Sylvain, qui, pour cause de maladie, doit être suivi de près. Mais ce ne sont ni les technicalités, ni le manque de ressources qui lui rendent la chose si difficile. C’est surtout le stigma. Le regard des autres.
« L’hôpital, ça change quand t’es dans une situation comme la mienne. Tu le sens, que le monde te voit comme une plaie. Vient que tu ne veux plus y aller, à l’hôpital. »
Ce qui ne veut pas dire qu’il a baissé les bras pour autant.
« C’est trop facile, de te laisser crever. Faut que tu trouves le moyen de t’aider. Après, tu te rends compte que d’autres gens sont prêts à t’aider aussi. T’sais moi je demande rien, mais c’est fou ce que je reçois. La gentillesse du monde, ça m’épate. » Il réfléchit une seconde. « M’épate pas tant que ça, quand même, je suis vraiment fin. »
Il nous raconte que c’est d’ailleurs cette solidarité humaine qui lui a permis de reprendre le dessus.
« Je me disais tout le temps que si cette personne-là avait eu le coeur de me donner de l’argent, c’est pas vrai que j’allais le prendre pour faire des niaiseries. »
Une des personnes chez qui Sylvain a trouvé cette gentillesse, c’est Valérie. Pas de nom de famille, pas de titre professionnel, juste Valérie. Une intervenante devenue amie. « Un ange », qu’il précise. C’est à travers Valérie que Sylvain a connu la clinique mobile de Médecins du Monde. Et c’est à travers le réseau de Médecins du Monde qu’il a pu aider à son tour.
« J’ai une amie qui est venue habiter chez nous, un moment donné, après sa bad luck à elle. Elle avait une grosse job avant. Travaillait en aviation. Mais les pilules c’est plus fort que tout. Un jour, je l’ai vue passer de l’autre bord. Je savais pas quoi faire. J’ai appelé Valérie. Elle a appelé du monde. Mon amie a pu être admise à l’hôpital, tout le monde s’est occupé d’elle. Y’a pas longtemps, j’ai recroisé cette amie-là. Elle va bien, elle est revenue. Mais je peux dire sans me tromper que si j’avais pas appelé Valérie, mon amie, elle serait morte aujourd’hui. »
Sans même marquer une pause, il enchaîne sur un autre sujet, nous laissant deviner que des histoires comme ça, il en a vu d’autres.
On parle de la dame, scientifique de laboratoire, avec qui il lunch parfois. On parle des gens qu’il croise. Du sentiment de communauté dans son quartier. Des souliers de course à 600$ qu’il s’est fait donner une fois. « Tu pouvais les tordre dans tous les sens, ils revenaient toujours drette! » On parle de la pollution qui empire et du reste, qui s’améliore.
« En tout cas, vraiment le fun de vous avoir parlé », dit soudainement Sylvain en nous envoyant un bec, avant de nous quitter en coup de vent, flip phone à l’oreille, sur sa trottinette.
Il est attendu quelque part. Et il doit passer nourrir son chien.
« S’appelle Magnum. Moi pis Magnum on prend soin l’un de l’autre. »
Nous tenons à rendre hommage à Sylvain et offrir nos condoléances à ses proches.
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