Obtenir des soins en matière de gynécologie, d’accouchement et de contraception n’est pas facile pour de nombreuses personnes en Ukraine et le conflit a exacerbé ces difficultés d’accès. Pour faire face à cette situation, Médecins du Monde a mis en place des équipes mobiles de sage-femmes. Elles vont dans des endroits où il n’y a pas de soins médicaux adéquats – par exemple des abris pour les personnes déplacées et des villages. Les sage-femmes prodiguent des conseils, réalisent des examens primaires et donnent aux patientes des médicaments si nécessaire. Si elles soupçonnent un diagnostic plus grave, elles réfèrent la personne à un spécialiste. Dans certains endroits, les équipes mobiles de Médecins du Monde sont le seul moyen d’obtenir des services médicaux qualifiés et des médicaments.
Trois de nos sage-femmes, Olena, Olha et Olesia, travaillant au sein de l'oblast de Dnepropetrovsk témoignent de cette réalité.
Pour Olena Serhieienko, « Nous constatons des irrégularités menstruelles dues au stress et aux crises de panique. Les maladies endocriniennes, c’est-à-dire les maladies hormonales et métaboliques, ont augmenté. L’incontinence urinaire liée au stress est plus fréquente chez les femmes âgées.
La planification familiale et la contraception coûtent cher. Nous prescrivons la pilule non seulement pour la contraception, mais aussi pour stabiliser le cycle et normaliser l’équilibre hormonal. Les pilules coûtent 500 hryvnia (19 CA$), ce qui est beaucoup d’argent, surtout pour les gens qui vivent à la campagne. Il y a aussi une forte demande pour nos heures de consultation gratuites. Beaucoup de gens posent des questions sur le magnésium B6 contre le stress. Nous fournissons également aux patients des articles d’hygiène tels que des serviettes hygiéniques et urologiques. »
« De nombreux partenaires de femmes sont en guerre », témoigne Olha
Tokmakova. « Elles voient moins leurs maris, et si elles le font, c’est
seulement pour une courte période. Dans certaines familles, il y a des
problèmes de grossesses non désirées. Et les familles grandissent même
si les parents sont incapables de subvenir aux besoins de ces enfants.
Aujourd’hui, j’ai eu quatre patients. Une femme était enceinte. Les
trois autres veulent avoir des enfants mais ont peur à cause de la
guerre.
Nous référons les patientes atteintes de maladies plus graves à leur
médecin de famille, qui les envoie ensuite pour examen. Dans le village
de Partizanske, par exemple, une de nos sage-femmes a référé une
patiente dont elle suspectait un cancer du sein. La patiente a subi une
intervention chirurgicale et est maintenant en voie de guérison.
Une autre patiente a été diagnostiquée avec un fibromyome,
c’est-à-dire une tumeur bénigne. Le médecin a recommandé une opération,
mais cela coûte 20 000 hryvnia (738 $CA). Le salaire moyen mensuel dans la
municipalité est de 5 000 hryvnia (185 $CA). Pour pouvoir payer
l’opération, la femme a dû vendre son bétail. »

Une des patientes d’Olesia Panfilowa essayait de tomber enceinte depuis 17 ans, sans succès. Olesia raconte « Pendant l’examen, je lui ai donné quelques conseils. Maintenant, elle est enceinte. Le stress peut aussi avoir un effet positif sur notre organisme. Le tonus du corps augmente et les femmes tombent enceintes plus facilement. Cependant, de nombreuses femmes sont dissuadées d’avoir un enfant à cause des combats. »
Quelques faits sur le travail de nos sage-femmes en Ukraine :
- En 2022, nos sage-femmes de l’oblast de Dnepropetrovsk ont apporté soin et soutien à 1 009 patientes lors de 1 286 consultations.
- Dans l’oblast de Donetsk, il y avait 170 patients pour 519 consultations.
- 37% des patientes vivaient en dessous du seuil de pauvreté.
- Une patiente sur deux a dû fuir à l’intérieur du pays