Farin et Andréanne travaillent à bord de la clinique mobile de Médecins du Monde : ce petit fourgon qui sillonne la ville et revient « aux mêmes endroits toutes les deux semaines, qu’il vente ou qu’il neige ». Le duo offre une approche de santé globale à celles et ceux que le système ne rejoint pas.
Aux personnes en situation d’itinérance, à celles qui font usage de substances, ou aux travailleuses du sexe qui viennent les voir, Farin et Andréanne proposent une combinaison de leurs expertises. L’objectif : définir une palette d’options permettant aux patients et patientes de « trouver, dans le spectre de solutions, celle qui pourra répondre le mieux à leurs besoins […] », explique Farin. « Il ne s’agit jamais de trouver la bonne solution, mais plutôt combien d’options existent pour la personne pour, finalement, arriver à quelque chose qui a du sens pour elle. »
Ce spectre de solutions, le pair en réduction des méfaits et l’infirmière clinicienne l’établissent en mobilisant aussi leur expérience de vie. Le rôle d’Andréanne consiste d’abord en « l’évaluation de la situation médicale, pour m’assurer que la personne est en santé, qu’elle est capable de fonctionner », mais il ne s’y limite pas. Le fait d’avoir vécu dans l’entourage de personnes ayant des enjeux de consommation enrichit ses perspectives et lui permet d’accueillir avec respect et bienveillance les populations marginalisées et stigmatisées qui entrent dans la clinique.
Comme Farin, Andréanne adopte une posture d’acceptation radicale. Celle-ci consiste à admettre que « la personne en face de nous ne va pas arrêter de consommer simplement parce qu’elle a un abcès ». L’infirmière ajoute : « Lui suggérer de revoir ses techniques de consommation parce que ses veines sont abîmées, ça, c’est vraiment une marque de respect pour la personne. » Une attitude clé à adopter pour que l’expérience de soins soit positive et que, petit à petit, une relation de confiance se crée avec les patients et patientes. C’est tout cela combiné ensemble qui favorise, au final, un meilleur accès aux soins de santé pour tous et toutes.
Farin, lui, tire son savoir expérientiel de la consommation de substances ainsi que d’une adolescence passée en partie dans la rue. Parce qu’il sait mieux que personne ce qu’avoir connu « une enfance difficile » signifie. Farin a confiance dans sa capacité à « partager et à créer des liens avec celles et ceux qui sont en dehors des normes sociales ». C’est comme ça que les populations qu’accompagne le duo reviendront à la clinique, le jour où elles en auront besoin, sans crainte d’être jugées. Parce que comme le dit Farin : « Le soin, ça se passe avant, pendant et après une consultation. […] Le temps et bienveillance font aussi partie des soins. »
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