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Actions nationales 31 octobre 2022 2 min de lecture

Eagle Eye – Soigner Sans Juger.

Eagle Eye – Soigner Sans Juger.

On s’est assis dans l’estrade d’un terrain de baseball de Côte-des-Neiges avec Eagle Eye. Là, illuminée par les lumières du stade, elle nous parle de son récent retour dans ce quartier qu’elle considère comme sa maison.

« Même si en fait, je suis née au Yukon. »
On lui demande alors pourquoi elle a choisi Montréal comme terre d’accueil, mais on comprend vite qu’il n’y a eu ni choix ni accueil dans cette équation.

« On m’a volée à mes parents quand j’avais 5 ans. On m’a mise de force dans trois avions. Le premier, de mon village du Yukon jusqu’à Yellowknife. Puis de Yellowknife à Toronto. Et de Toronto à Montréal. »

C’est qu’Eagle Eye est une des trop nombreuses victimes de ce que l’Histoire appelle aujourd’hui le Sixties Scoop: un effort politique canadien qui a kidnappé des milliers d’enfants autochtones dans le but de les redistribuer à des familles blanches partout au pays. Et là, on parle au passé, mais sachez que ce passé n’est guère lointain. Ces horreurs se sont déroulées sous les yeux des habitants de toutes les provinces jusqu’en 1977.

« Ils viennent de commencer à essayer de se rattraper en nous envoyant de l’argent. Pour nous faire taire plus qu’autre chose. »

Elle prend une courte pause, comme pour essayer de trouver la meilleure façon de formuler sa pensée, mais finit par s’en remettre à l’essentiel.

« Fuck your money. »

Mais malgré ce bref relent de très compréhensible amertume, Eagle Eye est souriante, vive d’esprit et reconnaissante de, encore, parfois, croiser des gens avec le cœur à la bonne place. Parce que si forte soit-elle, elle admet que ça prend de l’entraide pour réussir à passer à travers les moments plus difficiles. Surtout en tant que femme, autochtone, sans toutes les pièces bureaucratiques nécessaires pour accéder à la sécurité.

« Si j’étais blanche et francophone, je serais la priorité, mais quand moi je demande un coup de main, peu importe la situation, on me dit que c’est de ma propre faute si j’en suis là. Regarde ce qui est arrivé à Joyce. Et à tellement d’autres. »

Elle se tourne et regarde la clinique mobile derrière nous.

« Au moins, il y a des places comme ça. Ces cliniques-là, il devrait y en avoir partout. »

On ne pourrait être plus d’accord.

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