Actions nationales 9 juin 2026 2 min de lecture

Loi Gabie Renaud : une avancée, mais pour qui ?

Le dépôt du projet de loi surnommé « loi Gabie Renaud » a ému beaucoup d'entre nous. Il était temps. Chaque féminicide est un échec collectif, et chaque outil supplémentaire pour protéger les femmes contre la violence conjugale est le bienvenu. Mais nous savons d'ores et déjà que les femmes que nous rencontrons dans nos cliniques ne seront pas rejointes.

Loi Gabie Renaud : une avancée, mais pour qui ?

Ces femmes-là méritent aussi d'être protégées.

Dans notre clinique pour personnes migrantes à statut précaire, nous rencontrons beaucoup de femmes victimes de violence conjugale dont le droit de rester au Canada dépend de leur conjoint. Se rendre à la police pour se renseigner sur un homme qui est aussi leur seule avenue vers la stabilité migratoire — dans un climat particulièrement hostile aux personnes migrantes — ne semble tout simplement pas une option envisageable.

Dans notre clinique mobile, nous côtoyons des femmes en situation d’itinérance qui ont été délogées de leur campement ou stigmatisées par les services de police. Peut-on raisonnablement leur demander de pousser la porte d’un commissariat ?

Les femmes autochtones, elles, subissent du racisme systémique et des violences dans les institutions publiques. Elles ne se sentiront pas en sécurité dans un dispositif de plus tant que le principe de sécurisation culturelle ne sera pas appliqué — et tant que ce projet de loi ne sera pas construit avec elles, comme le réclament Femmes autochtones du Québec et d’autres regroupements dans leur mémoire commun.

Ces femmes ne sont pas des exceptions. Elles sont nos patientes. 

Elles vivent la violence conjugale au moins autant que les autres — souvent davantage, parce que leur précarité les rend encore plus vulnérables.

La loi Gabie Renaud dit quelque chose d’important sur les femmes que le Québec décide de protéger. Notre travail de terrain dit quelque chose d’important sur celles qu’il oublie encore.

Ce n’est pas une critique de ce projet de loi. C’est une invitation à aller plus loin. Protéger toutes les femmes contre les féminicides, c’est reconnaître le racisme systémique, financer les services communautaires, et admettre que nos systèmes ont été créés pour des hommes et par des hommes.

Gabie Renaud méritait mieux. Toutes nos patientes aussi.

Mobilisation pour les femmes enceintes sans RAMQ
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