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Actions internationales 6 octobre 2022 6 min de lecture

Pas de paix d’esprit – la santé mentale des Palestiniens sous l’occupation

Pas de paix d’esprit – la santé mentale des Palestiniens sous l’occupation

Au fil des ans, la communauté internationale a été témoin à plusieurs reprises de cas d’extrême violence et de violation du droit humains par Israël, qui intensifie son oppression contre les palestiniens. Les colons israéliens, soutenus par l’armée israélienne, ont forcé de nombreuses personnes à fuir leurs demeures. Depuis 2009, plus de 12 380 Palestiniens ont été déplacés de force en Cisjordanie, tandis que les démolitions ont augmenté en moyenne de 20 % année après année depuis 2017.

Les effets de l’occupation sur la santé mentale des palestinien.es sont peu étudiés. Toutefois des études préliminaires indiquent des conséquences durables et dommageables sur la santé mentale, en particulier pour les enfants.

Le rapport No Peace of Mind est une nouvelle étude sur la santé mentale des Palestiniens vivant sous occupation israélienne, réalisée par Médecins du Monde France et l’Association des Agences de Développement International. Le rapport se concentre sur l’expérience des organisations fournissant des services de santé mentale et de soutien psychosocial (SSMSP) aux Palestiniens dans 10 communautés de Cisjordanie au cours de l’été 2021. Le questionnaire a été remis à un homme, une femme et un enfant dans les 10 communautés sélectionnées. Les résultats sont surprenants, les histoires partagées par les participants sont dévastatrices et les implications en matière de santé mentale sont graves.

« Ils sont venus le matin, ont démoli nos tentes avec des bulldozers. Ils ont tout emporté avec eux. J'avais peur. Nous faisions du fromage. Nous ne nous attendions pas à cette démolition parce que notre maison avait déjà été démolie dans le passé ». -Jeune fille de Humsa al Bqai'a

DEPUIS LE DÉBUT DE L'OCCUPATION EN 1967, ISRAËL A MIS EN PLACE DES POLITIQUES IMPITOYABLES DE CONFISCATION DE TERRES, DE COLONISATION ILLÉGALE ET DE DÉPOSSESSION, ASSOCIÉES À UNE DISCRIMINATION ENDÉMIQUE.

Notre étude, No Peace of Mind, cherche à mieux comprendre comment l’expérience quotidienne de l’occupation génère autant de conséquences sur la santé mentale. L’année 2021 a vu le plus haut niveau de violence des colons enregistré depuis que l’OCHA a commencé à surveiller la situation en 2006. Au total, 977 incidents d’attaques de colons ont été enregistrés en 2021, y compris des dommages importants aux biens palestiniens, ces attaques ont aussi entraîné la mort de cinq Palestiniens.

Pour beaucoup de personnes vivant sous l’occupation, ce que l’on prend parfois pour de la résilience n’est qu’une malheureuse adaptation nécessaire à un environnement stressant, dans lequel la violence fait partie de la « routine quotidienne ». En y regardant de plus près, le rapport No Peace of Mind indique que si la résilience prévaut, il en va de même pour l’impact de la violence systémique sur la santé mentale.

« Une fois, des colons nous ont attaqués la nuit, ils ont volé les moutons et avaient des armes avec eux. Ils s'en sont pris à mes enfants en voulant les frapper. Maintenant, chaque fois que nous entendons le bruit d'une voiture, nous avons peur. En janvier 2021, 30 colons nous ont attaqués. Ils avaient des armes et étaient soutenus par l'armée – qui reste généralement à l'écart, sauf si elle estime que les colons ne sont pas en sécurité. Ils ont tiré des gaz et des bombes sonores sur nous, nous avons suffoqué à cause des gaz. » -Femme d'Al Mughayyir

Les recherches sur les effets biologiques de la violence ont révélé une série de problèmes allant d’un risque accru de maladies cardiovasculaires à une mortalité prématurée. Elle est également liée à des taux croissants de dépression, d’anxiété, de TSPT et de suicide.

Dans le rapport No Peace of Mind, nos recherches se sont concentrées sur 4 domaines clés de la santé :

  • Physique : les maux de tête constituent la principale catégorie parmi les impacts physiques.
  • Émotionnel : la peur, l’anxiété, la tristesse, le désespoir et le manque de sécurité sont les principales catégories d’impacts émotionnels.
  • Comportemental : l’isolement est le principal impact parmi les problèmes comportementaux évalués.
  • Cognitif : ‘impact sur la concentration est un point clé de la santé cognitive.

"Je veux seulement me sentir en sécurité, mais je ne peux pas me sentir en sécurité dans toute la Cisjordanie, du nord au sud, dites-moi où c'est sûr ? " – Vieil homme d'Al Jiftlik

MALGRÉ L'ÉNORME BESOIN, LES CIRCONSTANCES MONTRENT QUE L'ACCÈS À LA MHPSS FAIT DÉFAUT POUR BEAUCOUP.

Le système de santé palestinien n’est pas en mesure de faire face à ce problème croissant. Bien que le ministère palestinien de la Santé ait déclaré que la santé mentale était l’une de ses priorités, cela ne s’est pas encore reflété dans les ressources financières qui y sont allouées. Il n’est pas surprenant que la SSMSP soit sous-financée, il est difficile d’établir des priorités en période de crise ; le ministère de la santé préfère investir dans des activités de sauvetage physique plutôt que dans le soutien psychosocial.

Outre la difficulté d’accéder aux services de SSMSP, la stigmatisation et la honte empêchent de nombreuses personnes de demander de l’aide, en particulier les hommes, qui associent les démolitions et la violence des colons à leur incapacité à protéger leur famille.

Depuis 1999, Médecins du Monde apporte son aide en Palestine, en commençant par des programmes de santé mentale et de soutien psychosocial en Cisjordanie. Médecins du Monde travaille aux côtés des ONG palestiniennes « Association for Culture and Free Thought » et « Al Ataa » pour fournir des soins SSMSP à la population touchée. Ce travail a déjà permis de répondre à de nombreux cas de troubles psychosociaux au cours des 6 dernières années, ainsi qu’à plusieurs cas de violence sexiste.

Notre principale approche du soutien psychosocial est axée sur les groupes de discussion. Les personnes qui ont été agressées ou qui se sentent menacées peuvent y partager leurs expériences.

L’aide humanitaire est présente depuis longtemps en Palestine et pourtant la crise continue de s’aggraver. Si la crise est politique, alors la solution doit être politique : mettre fin à l’occupation et éradiquer les structures de répression et d’inégalité.

Le développement durable ne prospère que là où les violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire ne sont pas systématiquement ignorées et violées.

"Nous ne sommes que quelques-uns ici et personne ne nous défend. Je reste loin d'eux, je ne peux rien faire et je ne peux pas non plus me défendre. " -Un père d'Al Jiftlik

Contenu original : https://doctorsoftheworld.org/…

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