Les violences basées sur le genre ne régressent pas
« Mariages précoces et forcés, grossesses non-désirées liées à des abus sexuels, avortements non-sécurisés: en RdC, et notamment au Sud-Kivu, les violences basées sur le genre sont partout. Et elles ne régressent pas, ou de manière peu perceptible. Nous savons notamment que ces violences ont augmenté de 86% par rapport à 2019 (rapport OCHA 2020). Qu’elles concernent de plus en plus de mineur.e.s, et que les jeunes filles de moins de 18 ans enceintes sont de plus en plus nombreuses. Face à ces violences, la stigmatisation et le manque de prise en charge restent courants», explique Eric Wynants, coordinateur adjoint de Médecins du Monde en RDC.

Des victimes de violences sexuelles de plus en plus jeunes
De plus, au Sud-Kivu, le viol, longtemps utilisé comme une arme de guerre, s’est propagé largement dans la société congolaise, notamment via les anciens enfants-soldats démobilisés, les miliciens, les ex-rebelles et les groupes armés. Les victimes semblent être de plus en plus jeunes, parfois âgées de moins de dix ans. Ces violences s’ajoutent à d’autres commises dans un cadre domestique ou criminel.

Médecins du Monde aide les survivant.e.s des violences sexuelles
Depuis 2015, Médecins du Monde contribue à éradiquer les violences sexuelles envers les femmes en République démocratique du Congo, plus particulièrement au Sud-Kivu. Après avoir collaboré 7 ans avec l’hôpital de Panzi (dirigé par le Docteur Mukwege), Médecins du Monde mène aujourd’hui des activités communautaires de prévention, de prise en charge médicale et psychosociale, favorise l’insertion professionnelle des victimes, et les réoriente pour des conseils juridiques. L’organisation mène également des actions de plaidoyer. Vu la situation sécuritaire tendue et le peu d’organisations humanitaires présentes dans certaines zones, l’intervention de Médecins du Monde y est essentielle.
Prévenir au sein des communautés
A Itombwe et à Minembwe (zone montagneuse dite des ‘Hauts Plateaux’), dans le cadre d’actions de prévention, des groupes communautaires composés d’une cinquantaine de personnes – leaders d’opinions, victimes de violences, représentants de la société civile – se réunissent. L’objectif : analyser les causes et facteurs aggravants qui renforcent les violences sexuelles et définir une série d’actions locales visant à les éradiquer. « Par exemple, pendant une période, de nombreuses femmes qui allaient puiser de l’eau au lac Kivu (périphérie de Bukavu) tôt le matin subissaient des violences sexuelles. La route était peu éclairée, l’insécurité, à son comble. Suite aux échanges communautaires, il a été décidé d’installer un éclairage public. Cela a réduit drastiquement le nombre d’incidents », complète Eric Wynants.
Accès aux soins : 72 heures essentielles après un viol
Les femmes ayant subi des violences sexuelles doivent se rendre au plus vite dans un centre de santé, afin d’obtenir le kit post-viol qui inclut un traitement contre le VIH, le vaccin contre l’hépatite B, le traitement contre d’autres infections sexuellement transmissibles (syphilis, gonocoxie, etc.) et la pilule du lendemain. Plus globalement, les victimes de violences doivent être rapidement soignées. Les groupes communautaires de Médecins du Monde se rendent dans les villages, expliquent l’existence de ces services et des possibilités de prise en charge médicale dans les centres de santé soutenus par l’organisation. De plus, un certificat médico-légal établi permet aux victimes de déposer plainte.
Médecins du Monde apporte aussi un soutien psychosocial et en
santé mentale aux survivant.e.s, et les informent au sujet de leurs droits et/ou les renvoient vers des acteurs juridiques spécialisés.
Mobilisation politique
Enfin, Médecins du Monde mène un travail de plaidoyer politique au sein des communautés: « A travers une coalition des maires et administrateurs de territoires, on mobilise les autorités politiques afin qu’elles prennent des mesures pour prévenir, lutter contre les violences sexuelles et dénoncer les personnes
qui en sont responsables », ajoute Eric Wynants.